« Faut-il vraiment transiter par tant de morts pour arriver à vivre
? »
OUELLETTE Fernand
« LE SILENCE C’EST LA MORT » : depuis quelques semaines je n’arrive plus à fermer les yeux sans entrevoir cette phrase. Ça fait un bon bout de temps que je me suis condamné au silence sur le sujet de cet épisode par pur lâcheté, oui je l’avoue par pur lâcheté ou dirai-je même par honte de moi-même ou de l’endroit dans lequel je travaille. Je voulais laisser à ma famille, amis et lecteurs cette belle image qu’ils ont du métier que je fais, sauf que je ne veux plus avoir sur la conscience un tel fardeau, au moins je dirai que je ne suis pas resté bouche cousue le jour où on me demandera de rendre des comptes car je m’en sens responsable en quelque sorte.
Avant de prendre ma plume et commencer à cracher mon ancre sur ces quelques lignes, je tiens à préciser à mes chers (es) lecteurs et lectrices que peut-être il n’y aura pas de futur épisode après celui-là (en espérant que ça ne soit pas vrai).
Car par cet épisode il se pourrait que je sois en train de signer mon arrêt de mort professionnel une sorte de suicide sociale vu mon état d’esprit mélancolique ces temps-ci. Après tant d’hésitation je me suis résigné à dénoncer un autre côté sombre de nos hôpitaux, le choix entre le silence et la dénonciation était difficile, mais mon silence me pesait, car se taire c’est en quelque sorte cautionner ce qui se passe. J’espère que ma schizophrénie me sauvera de nouveau cette fois ci, pourquoi pas ? Ça a marché jusqu’à maintenant… Je suis comme se fou qui peut dire tout et n’importe quoi, sa folie lui servira toujours pour échapper au bâton.
Pour être honnête avec vous l’étincelle de cet article m’est venu lorsqu’un organisme officielle du gouvernement, la cours des comptes, a sorti un rapport sur le fameux CHU de la capitale du plus beau pays au monde, c’est une première, du jamais vu dans un système habitué à jouer à cache-cache avec nous. Dans ce rapport, deux chiffres importants devaient normalement sauter aux yeux et alarmer l’opinion public et les médias voir déclencher des licenciements, démissions ou encore mises en examen de haut responsables d’état et leurs inculpations pour atteinte à la vie d’autrui, mais malheureusement NADA….!!!!!! Ces chiffres sont vite passés inaperçus car même ceux qui ont écrit ce rapport ne connaissent probablement pas leurs ampleurs. Ces chiffres sont la preuve officielle du génocide dont sont victime chaque jour des milliers de citoyens, des morts ou handicaps pour la plus part inexpliqués.
Ce rapport atteste qu’il y aurait 50% d’infections nosocomiales dans nos réanimations soit un malade sur deux qui y séjournent, et 17% d’infections dans les autres services , soit un malade sur quatre, alors que la norme internationale est de 1% à2%. Ces chiffres de l’extérieur paraissent banals mais ce qui se cache derrière eux c’est des milliers et des milliers de morts et des milliers et des milliers de futurs candidats pour l’au-delà.
Aujourd’hui si j’ai pris mon courage à deux mains après ce rapport et si j’écris cet article ce n’est pas pour vous mes chers lecteurs, mais pour la première fois je l’écris pour une seule personne, un responsable qui se reconnaitra à travers mes lignes et qui devant ses chiffres gravissimes n’a pas eu honte de nous sortir des justifications et des explications bidons afin de minimiser leurs impacts, ne montrant ainsi aucun respect à ces milliers d’anciennes ou de futurs victimes.
Je ne mâcherai pas mes mots et je ne porterai pas de gants. À vous ce responsable irresponsable dont les mains sont tachées du sang de milliers de patients , à vous ce responsable incompétent dont la seule qualification est votre carte d’adhésion à telle ou telle partie politique, à vous à qui profite le système , au lieu de le servir vous vous en servez pour vos propres intérêts .
A vous, je vous dis : si vous ne comprenez pas pourquoi il y a tant de manque d’hygiène et donc de victime d’infections :
Venez voir tout l’écosystème qu’il y a, fait de cafards, araignées et mouches vivants en toute symbiose avec les malades et se baladant tranquillement au-dessus de leurs têtes et à côté de leurs pansements ou encore à l’intérieur des salles de chirurgie soit disant stériles. Il n’y a pas un personnel qui n’est déjà croisé un chat dans les couloirs du CHU de la capitale du plus beau pays au monde (un professionnel de santé étranger penserait que c’est une blague en lisant ça mais ce n’est malheureusement que la douloureuse réalité). Je me rappelle d’un temps où en changeant le pansement de la tête d’un malade on tombait sur des vers, l’odeur qui s’en dégageait était tellement forte qu’on en avait la nausée.
Venez voir la moisissure qui ronge les murs de l’hôpital ou encore des blocs opératoires qui n’attendent qu’un petit séisme de faible amplitude pour s’effondrer emportant morts et vivants. Du moins beaucoup qui y travaillent l’espèrent, suivez mon regard sur leur état d’esprit.
Venez voir les fuites d’eau dans les services ou comme dernièrement des canalisations qui ont pétées en plein bloc opératoire et où on a continué à opérer malgré l’odeur catastrophique.
Venez voir les toilettes de l’hôpital, une toilette turque pour 6 patients et souvent pour leurs accompagnants car il n’y a pas de toilettes pour les visiteurs alors imaginez avec moi l’hygiène qui y règne.
Venez voir l’absence de douches dans nos hôpitaux publiques où les patients finissent par se couvrir d’une couche noir de saleté et de grumeau sur leurs peaux et leurs cheveux jusqu’à sentir une odeur répugnante.
Venez voir l’état de leurs habits qui ne sont pas changé pour des jours voir des semaines. Je ne parlerai pas des patients qui n’ont pas de familles pour changer leurs couches et restent avec leur selles et urines car il n’y a pas de personnels spécialisés comme ce qu’on appelle ailleurs les aides-soignants qui s’occupent de leurs hygiènes, par contre chez nous c’est la corvée des familles et on trouve ça normale.
Venez gouter à la nourriture offerte aux patients. Les familles sont obligées d’apporter leurs propres nourritures tellement c’est minable ce qu’on présente à leurs proches. Combien de fois je voyais des patients enlever une mouche ou poil de leur soupe et continuer à manger. Des patients dénutries souvent avec un système immunitaire en milles pièces.
Venez voir ce que fait le manque de personnel infirmier à l’hôpital et où on est obligé de compter sur des familles ignorantes pour donner les traitements médicamenteux avec tout ce que ça entraine de conséquences allant de l’absence de prises médicamenteuse , aux fautes d’asepsies, aux surdosages voir les intoxications chez des personnes déjà fragiles.
Venez voir la manière dont le ménage se fait à l’hôpital pour soit disant le tenir propre. Ceux qui le font, le font comme s’ils le faisaient chez eux, sans à un seul moment pensé que c’est un hôpital pour la simple raison qu’il s’agit de sociétés privées avec du personnels sans aucune formation préalable dans ce sens. Ils n’ont malheureusement aucune notion de l’impact ou de l’importance du travail qu’ils sont en train de faire car pour la plus part c’est des analphabètes ignorants pris directement de la rue et ce n’est pas de leurs fautes. Je ne parlerai même pas comment on nettoie une salle d’opération pour accueillir un patient comme s’il s’agissait de n’importe qu’elle salle, un coup de ballet, une serpillère et allez hop on va opérer un cerveau.
Venez sentir l’odeur toxique de la peinture et la partager avec ces pauvres patients lorsqu’on a décidé d’investir un milliard de centimes pour redorer la façade d’un hôpital qui manque de tout. Personne ne s’est posé la question à un seul moment : Est-ce que cette odeur est nocive ou pas pour les patients ? Mais bon personne ne s’en ai plaint car tous on est habitué à subir.
Venez voir vos couloirs teintés des crachats soit des patients et de leurs visiteurs voir pire du personnel médical et paramédical, je ne parlerai même pas de la cigarette qui fait partie intégrante du décors et où on ne se cache plus pour fumer au sein des services et des couloirs que ça soit personnel ou pas, du personnel qui certaines fois fument sans scrupule ni honte à l’intérieur des salles de chirurgie car dénués de tout sens d’éducation ou de sensibilité sur ce que c’est un hôpital et sur ce que c’est l’hygiène hospitalière ou même ce que c’est une chirurgie, tellement la mentalité du je m’en-foutisme a pris la place dans un chaos hospitalier qu’il ne contrôle plus .
Venez voir votre matériel chirurgical comment il est lavé et stérilisé soit pour le bloc opératoire ou pour l’usage hospitalier. Une stérilisation faite par du personnels non qualifiés et qui n’a aucune formation spécialisée ou continue, avec du personnel qui le plus souvent s’est vu du jour au lendemain promu à un poste dont il ne connaît pas du tout les répercussions sur la santé des patients. Il suffit de jeter un coup d’œil sur leur lieu de travail à côté des salles de chirurgie, on dirait qu’ils sont en train de laver une vaisselle et entre deux vaisselles prendre un thé ou déjeuner à côté, combien de fois à un mètre de la salle d’opération on les voyait préparer du couscous voir éplucher des légumes sans aucune retenue car ils ne connaissent même pas la valeur de ce qu’ils font ou de ce qu’on fait aux malades.
Venez voir lorsqu’on demande à un personnel d’apporter de la Bétadine soit au bloc opératoire ou à l’usage dans les services pour désinfecter une plaie, on nous l’apporte dans un bidon qui ressemble à celui des bidons d’huile voir pire dans une bouteille en plastique ancienne bouteille d’eau ou de Coca-Cola (les proprios de cette firme n’aurait jamais pensé à une telle publicité pour leur boisson : c’est vrai qu’on est un peuple original). Non seulement il le justifie par le manque de matériels ce qui est normal et explicable mais ils n’ont même pas conscience de la gravité de la chose ce qui est en soit une tragédie : désinfecté avec un désinfectant devenu infecté car mis dans un ustensile infecté, allez comprendre...
Venez voir comment on change un pansement ou on prend une voie veineuse ou encore se laver pour une chirurgie, ou n’importe qu’elle geste médical ou paramédical ,aucun respect des règles d’hygiène de base à savoir se laver les mains entre chaque malade ou porter des gants lorsqu’on touche à un pansement ou une plaie ; tout ceci pour la simple raison que notre formation est si superficielle sans aucune continuité ni évaluation périodique.
Pourquoi très cher responsable on ne voit pas un désinfectant pour les mains à l’entrée et sortie de chaque porte à l’hôpital pour toute personne qui s’y rend que ça soit personnels, patients ou visiteurs ? Ce simple geste peut réduire le nombre de décès de moitié et économiser des milliards à la caisse de l’état.
Sinon pour la réanimation, je ne vous inviterai même pas à y entrer car c’est la catastrophe au sens propre du terme, on comprend bien qu’il y ait un malade sur deux qui s’y infectent et on se dit souvent heureusement que les patients sont dans le coma pour la plus part et qu’ils ne se rendent pas compte de ce qui se passe autour d’eux. Rare les malades qui ne chopent pas une pneumopathie lors de leurs séjours ou n’importe quelles infections qui peut les emporter à tout moment puisqu’ils sont déjà fragilisés. Comment on peut survivre à des poubelles mises à côté de leurs lits d’hospitalisation? Comment on peut survivre à des tubes de respirateurs mal stérilisés pour toutes les raisons que j’ai cité précédemment ? Comment peut-on survivre à des fautes d’asepsie car pas de formations continues ou spécialisées ? Comment peut-on survivre à un manque de personnel désabusé qui ne peut palier à tous les besoins du service ?
Venez voir comment se fait la prescription des antibiotiques que ça soit à l’intérieur ou à l’extérieur de l’hôpital comme si c’était une drogue miracle alors qu’en fait , la prescription à tort ne fait qu’entretenir les infections et augmenter la résistance des germes. C’est d’ailleurs la raison principale pour laquelle beaucoup de patients ne réagissent plus à leurs traitements antibiotiques lorsqu’ils sont infectés et finissent par décéder. Tout ceci pouvait être régler et minimiser si seulement il y avait une sensibilisation du corps médical à ce sujet. On est même obligé actuellement de mettre nos patients au décours d’une chirurgie systématiquement sous antibiotiques de peur qu’ils s’infectent.
Venez sentir cette frustration de perdre un patient au décours d’une chirurgie qui s’est bien passé, venez l’expliquer à une mère ou à un fils qui ne comprend pas pourquoi on a enlevé toute la tumeur à son proche et quelques jours après on le lui remet les pieds en avant ou handicapé à vie car il a attrapé une méningite ou une infection de sa cicatrice, venez trouvez le sommeil après ça…
Très cher responsable, vous, qui au lieu de chercher des solutions radicales et de fond à tous ces problèmes, vous vous acharnez à descendre très bas en défendant l’indéfendable, je me permets de vous rappeler que ce n’est plus une question d’images ou de postes dont il s’agit mais plutôt de la vie d’êtres humains et de pauvres citoyens qui ont décidés de nous faire confiance et mettre entre nos mains ce qu’ils ont de plus cher à savoir leurs santés. la situation est devenu insoutenable voir invivable que ça soit pour les patients ou pour le personnel soignant honnêtes et travailleurs qui veulent vraiment améliorer les choses et qui tôt ou tard vont finir par baisser les bras et céder la place à une dépression générale dont les premiers perdant ne sont que le citoyen lambda du plus beau pays au monde.
Que ça soit en public ou en privée le malaise est là et on le sent partout, certes il y a les bonnes volontés mais cela ne suffit pas, un moratoire et une remise en question générale s’imposent. Très cher responsable nous avons tous les mains tachées du sang rouge des patients emportés à cause de ses deux chiffres qui font honte au métier que nous faisons, ces deux chiffres passés inaperçues pour la plus part sont le résultat d’une succession de politiques d’incompétences, d’une politique de bouche trous qui aussi longtemps qu’elle durera, elle ne fera qu’entretenir la fatalité d’un effondrement de notre système de santé. Cette politique est le résultat de notre nonchalance, mais surtout le résultat de notre silence, un silence qui tue au sens propre du terme. « LE SILENCE C’EST LA MORT »
A suivre……… si je survis….