Samedi 14 avril 2012 6 14 /04 /Avr /2012 18:49

 

« Faut-il vraiment transiter par tant de morts pour arriver à vivre ? »
OUELLETTE Fernand 

 


    « LE SILENCE C’EST LA MORT » : depuis quelques semaines je n’arrive plus à fermer les yeux sans entrevoir cette phrase. Ça fait un bon bout de temps que je me suis condamné au silence sur le sujet de cet épisode par pur lâcheté, oui je l’avoue par pur lâcheté ou dirai-je même par honte de moi-même ou de l’endroit dans lequel je travaille. Je voulais laisser à ma famille, amis et lecteurs cette belle image qu’ils ont du métier que je fais, sauf que je ne veux plus avoir sur la conscience un tel fardeau, au moins je dirai que je ne suis pas resté bouche cousue le jour où on me demandera de rendre des comptes car je m’en sens responsable en quelque sorte.


    Avant de prendre ma plume  et commencer à cracher  mon ancre sur ces quelques lignes, je tiens à préciser à mes chers (es) lecteurs et lectrices que peut-être il n’y aura pas de futur épisode après celui-là (en espérant que ça ne soit pas vrai).


    Car par cet épisode il se pourrait que je sois en train de signer mon arrêt de mort professionnel une sorte de suicide sociale vu mon état d’esprit mélancolique ces temps-ci. Après tant d’hésitation je me suis résigné à dénoncer un autre côté sombre de nos hôpitaux, le choix entre le silence et la dénonciation était difficile, mais mon silence me pesait, car se taire c’est en quelque sorte cautionner ce qui se passe. J’espère que ma schizophrénie me sauvera de nouveau cette fois ci, pourquoi pas ? Ça a marché jusqu’à maintenant… Je suis comme se fou qui peut dire tout et n’importe quoi, sa folie lui servira toujours pour échapper au bâton.


    Pour être honnête avec vous l’étincelle de cet article m’est venu lorsqu’un organisme officielle du gouvernement, la cours des comptes, a sorti un rapport sur le fameux CHU de la capitale du plus beau pays au monde, c’est une première, du jamais vu dans un système habitué à jouer à cache-cache avec nous. Dans ce rapport, deux chiffres importants devaient normalement sauter aux yeux et alarmer l’opinion public et les médias voir déclencher des licenciements, démissions ou encore mises en examen de haut responsables d’état et leurs inculpations pour atteinte à la vie d’autrui,  mais malheureusement NADA….!!!!!! Ces chiffres sont vite passés inaperçus car même ceux qui ont écrit ce rapport ne connaissent probablement pas leurs ampleurs. Ces chiffres sont la preuve officielle du génocide dont sont victime chaque jour des milliers  de citoyens, des morts ou handicaps pour la plus part inexpliqués.


    Ce rapport atteste qu’il y aurait  50% d’infections nosocomiales dans nos réanimations soit un malade sur deux qui y séjournent, et 17% d’infections dans les autres services , soit un malade sur quatre, alors que la norme internationale est de 1% à2%.  Ces chiffres de  l’extérieur paraissent banals mais ce qui se cache derrière eux c’est des milliers et des milliers de morts et des milliers et des milliers de futurs candidats pour l’au-delà.


    Aujourd’hui si j’ai pris mon courage à deux mains après ce rapport et si j’écris cet article ce n’est pas pour vous mes chers lecteurs, mais pour la première fois je  l’écris pour une seule personne, un responsable qui se reconnaitra à travers mes lignes et qui devant ses chiffres gravissimes n’a pas eu honte de nous sortir des justifications  et des explications bidons afin de minimiser leurs impacts, ne montrant ainsi aucun respect à ces milliers  d’anciennes ou de futurs  victimes.


     Je ne mâcherai pas mes mots et je ne porterai pas de gants. À vous ce responsable irresponsable dont les mains sont tachées du sang de milliers de patients , à vous ce responsable incompétent dont la seule qualification est votre carte d’adhésion à telle ou telle partie politique, à vous à qui profite le système , au lieu de le servir vous vous en servez pour vos propres intérêts .


    A vous, je vous dis : si vous ne comprenez pas pourquoi il y a tant de manque d’hygiène et donc de victime d’infections :


   Venez voir tout l’écosystème qu’il y a, fait  de cafards, araignées et mouches vivants en toute symbiose avec les malades et se baladant tranquillement au-dessus de leurs têtes et à côté de leurs pansements ou encore à l’intérieur des salles de chirurgie soit disant stériles. Il n’y a pas un  personnel qui n’est déjà croisé un chat dans les couloirs du CHU de la capitale du plus beau pays au monde (un professionnel de santé étranger penserait que c’est une blague en lisant ça mais ce n’est malheureusement que la douloureuse réalité). Je me rappelle d’un temps où en changeant le pansement de la tête d’un malade on tombait sur des vers, l’odeur qui s’en dégageait était tellement forte qu’on en avait la nausée.


    Venez voir la moisissure qui ronge les murs de l’hôpital ou encore des blocs opératoires qui  n’attendent qu’un petit séisme de faible amplitude pour s’effondrer emportant morts et vivants. Du moins beaucoup qui y travaillent l’espèrent, suivez mon regard sur leur état d’esprit.


    Venez voir les fuites d’eau dans les services ou comme dernièrement des canalisations qui  ont pétées en plein bloc opératoire et où on a continué à opérer malgré l’odeur catastrophique.


    Venez voir les toilettes de l’hôpital, une toilette turque pour 6 patients et souvent pour leurs accompagnants  car il n’y a pas de toilettes pour les visiteurs alors imaginez avec moi l’hygiène qui y règne.


    Venez voir l’absence de douches dans nos hôpitaux publiques où les patients finissent par se couvrir d’une couche noir de saleté  et de grumeau sur leurs peaux et  leurs cheveux jusqu’à sentir une odeur répugnante.


    Venez voir l’état de leurs habits qui ne sont pas changé pour des jours voir des semaines. Je ne parlerai pas des patients qui n’ont pas de familles pour changer leurs couches et restent avec leur selles et urines car il n’y a pas de personnels spécialisés comme ce qu’on appelle ailleurs les aides-soignants qui s’occupent de leurs hygiènes, par contre chez nous c’est la corvée des familles et on trouve ça normale.


    Venez gouter à la nourriture offerte aux patients. Les familles  sont obligées d’apporter leurs propres nourritures tellement c’est minable ce qu’on présente à leurs proches. Combien de fois je voyais des patients enlever une mouche ou poil de leur soupe et continuer à manger. Des patients dénutries souvent avec un système immunitaire en milles pièces.


   Venez voir ce que fait le manque de personnel infirmier à l’hôpital  et où on est obligé de compter sur des familles ignorantes pour donner les traitements médicamenteux  avec tout ce que ça entraine de conséquences allant de l’absence de prises médicamenteuse , aux fautes d’asepsies, aux surdosages voir les intoxications chez des personnes déjà fragiles.


   Venez voir la manière dont le ménage se fait à l’hôpital pour soit disant le tenir  propre. Ceux qui le font, le font comme s’ils le faisaient chez eux, sans à un seul moment pensé que c’est un hôpital pour la simple raison qu’il s’agit de sociétés privées avec du personnels sans aucune formation préalable dans ce sens. Ils n’ont malheureusement aucune notion de l’impact  ou de l’importance du travail qu’ils sont en train de faire car pour la plus part c’est des analphabètes ignorants pris directement de la rue et ce n’est pas de leurs fautes. Je ne parlerai même pas comment on nettoie une salle d’opération pour accueillir un patient comme s’il s’agissait de n’importe qu’elle salle, un coup de ballet, une serpillère et allez hop on va opérer un cerveau.


    Venez sentir l’odeur toxique de la peinture et la partager avec ces pauvres patients lorsqu’on a décidé d’investir un milliard de centimes pour redorer la façade d’un hôpital qui manque de tout. Personne ne s’est posé la question à un seul moment : Est-ce que cette odeur est nocive ou pas pour les patients ? Mais bon personne ne s’en ai plaint car tous on est habitué à subir.


   Venez voir vos couloirs teintés des crachats soit des patients et de leurs visiteurs voir pire du personnel médical et paramédical, je ne parlerai même pas de la cigarette qui fait partie intégrante du décors et  où on ne se cache plus pour fumer  au sein des services et des couloirs que ça soit personnel ou pas, du personnel qui certaines fois fument sans scrupule ni honte à l’intérieur des salles de chirurgie car dénués de tout sens d’éducation ou de sensibilité sur ce que c’est un hôpital et sur ce que c’est l’hygiène hospitalière ou même ce que c’est une chirurgie, tellement la mentalité du je m’en-foutisme a pris la place  dans un chaos hospitalier qu’il ne contrôle plus .


  Venez voir votre matériel chirurgical  comment  il est lavé et stérilisé soit pour le bloc opératoire ou pour l’usage hospitalier. Une stérilisation faite par du personnels non qualifiés et qui n’a aucune formation spécialisée ou continue, avec du personnel qui le plus souvent s’est vu du jour au lendemain promu à un poste dont il ne connaît pas du tout les répercussions sur la santé des patients. Il suffit de jeter un coup d’œil sur leur lieu de travail à côté des salles de chirurgie, on dirait qu’ils sont en train de laver une vaisselle et entre deux vaisselles prendre un thé ou déjeuner à côté, combien de fois à un mètre de la salle d’opération on les voyait préparer du couscous voir éplucher des légumes sans aucune retenue car ils ne connaissent même pas la valeur de ce qu’ils font ou de ce qu’on fait aux malades.


    Venez voir lorsqu’on demande à un personnel d’apporter de la Bétadine soit au bloc opératoire ou à l’usage dans les services pour désinfecter une plaie, on nous l’apporte dans un bidon qui ressemble à celui des bidons d’huile voir pire dans une bouteille en plastique ancienne bouteille d’eau ou de Coca-Cola (les proprios de cette firme  n’aurait jamais pensé à une telle publicité pour leur boisson : c’est vrai qu’on est un peuple original). Non seulement il le justifie par le manque de matériels ce qui est normal et explicable mais ils n’ont même pas  conscience de la gravité de la chose ce qui est en soit une tragédie : désinfecté avec un désinfectant devenu infecté car mis dans un ustensile infecté, allez comprendre...


    Venez voir comment on change un pansement ou on prend une voie veineuse ou encore se laver pour une chirurgie, ou n’importe qu’elle geste médical ou paramédical ,aucun respect des règles d’hygiène de base à savoir se laver les mains entre chaque malade ou porter des gants  lorsqu’on touche à un pansement ou une plaie ; tout ceci pour la simple raison que notre formation est si superficielle sans aucune continuité ni évaluation périodique.


    Pourquoi très cher responsable  on ne voit pas un désinfectant pour les mains à l’entrée et sortie de chaque porte à l’hôpital pour toute personne qui s’y rend que ça soit personnels, patients ou visiteurs ? Ce simple geste peut réduire le nombre de décès de moitié et économiser des milliards  à la caisse de l’état.


   Sinon pour la réanimation, je ne vous inviterai même pas à y entrer car c’est la catastrophe au sens propre du terme, on comprend bien  qu’il y ait un malade sur deux qui s’y infectent et on se dit souvent heureusement que les patients sont dans le coma pour la plus part et qu’ils ne se rendent pas compte de ce qui se passe autour d’eux. Rare les malades qui ne chopent pas une pneumopathie lors de leurs séjours ou  n’importe quelles infections qui peut les emporter à tout moment puisqu’ils sont déjà fragilisés. Comment on peut survivre à des poubelles mises à côté de leurs lits d’hospitalisation? Comment on peut survivre à des tubes de respirateurs mal stérilisés pour toutes les raisons que j’ai cité précédemment ? Comment peut-on survivre à des fautes d’asepsie car pas de formations continues ou spécialisées ? Comment peut-on survivre à un manque de personnel désabusé qui ne peut palier à tous les besoins du service ?


    Venez voir comment se fait la prescription des antibiotiques que ça soit à l’intérieur ou à l’extérieur de l’hôpital comme si c’était une drogue miracle alors qu’en fait , la prescription à tort ne fait qu’entretenir les infections et augmenter la résistance des germes. C’est d’ailleurs la raison principale pour laquelle beaucoup de patients ne réagissent plus à leurs traitements antibiotiques lorsqu’ils sont infectés et finissent par décéder. Tout ceci pouvait être régler et minimiser si seulement il y avait une sensibilisation du corps médical à ce sujet. On est même obligé actuellement de mettre nos patients au décours d’une chirurgie systématiquement sous antibiotiques de peur qu’ils s’infectent.


    Venez sentir cette frustration de perdre un patient au décours d’une chirurgie qui s’est bien passé, venez l’expliquer à une mère ou à un fils qui ne comprend pas pourquoi on a enlevé toute la tumeur à son proche et quelques jours après  on le lui remet  les pieds en avant ou handicapé à vie car il a attrapé une méningite ou une infection de sa cicatrice, venez trouvez le sommeil après ça…


    Très cher responsable, vous, qui au lieu de chercher des solutions radicales et de fond à tous ces problèmes, vous vous acharnez à descendre très bas en défendant l’indéfendable, je me permets de vous rappeler que ce n’est plus une question d’images ou de postes dont il s’agit mais plutôt de la vie d’êtres humains et de pauvres citoyens qui ont décidés de nous faire confiance et mettre entre nos mains ce qu’ils ont de plus cher à savoir leurs santés.  la situation est devenu insoutenable voir invivable que ça soit pour les patients ou pour le personnel soignant honnêtes et travailleurs qui veulent vraiment améliorer les choses et qui tôt ou tard vont finir par baisser les bras et céder la place à une dépression générale dont les premiers  perdant ne sont que le citoyen lambda du plus beau pays au monde.

 

  Que ça soit en public ou en privée le malaise est là et on le sent partout, certes il y a les bonnes volontés mais cela ne suffit pas, un moratoire et une remise en question générale s’imposent. Très cher responsable nous avons tous les mains tachées du sang rouge des patients emportés à cause de ses deux chiffres qui font honte au métier que nous faisons, ces deux chiffres passés inaperçues pour la plus part sont le résultat d’une succession de politiques d’incompétences, d’une politique de bouche trous qui aussi longtemps qu’elle durera, elle ne fera qu’entretenir la fatalité d’un effondrement de notre système de santé. Cette politique est le résultat de notre nonchalance, mais surtout le résultat de notre silence, un silence qui tue au sens propre du terme. « LE SILENCE C’EST LA MORT »

 

A suivre……… si je survis….

Par pilule rouge
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Mardi 21 février 2012 2 21 /02 /Fév /2012 21:30

 

 

Episode 1 : Les Mémoires D’un neurochirurgien Schizophrène

Saison 2/épisode  1 :

      

       Il est  2H du matin et je suis  avec un jeune collègue neurochirurgien dans une

sordide salle opératoire dans l’un  des hôpitaux publiques de la capitale du plus beau pays au

monde. On est en train d’opérer SSi Jamal, un homme de 62 ans victime d’un traumatisme

crânien suite à une chute de sa hauteur alors qu’il était en état d’ébriété. Berné par la guitare

de mon cher BOB MARLEY, on était en train d’ouvrir la tête à ce pauvre monsieur

lorsque à un moment donné j’ai eu ce pressentiment qu’on était seule, il  n’y avait plus de

bruits de fond, on entendait plus que la musique et le Bip Bip du scope cardiaque, ça m’a

parut bizarre mais effrayant. Il faut savoir que les neurochirurgiens opèrent souvent avec un

drap qui les sépare avec la tête du reste du corps voir de l’anesthésiste question de garder un

espace stérile.

     

     Devant ce silence, je regarde mon collègue et je lui lance avec soulagement :

Ahhhhhhh enfin on entend mieux la musique …, il me répond avec sarcasme : Oui c’est

parce que  les autres sont allé dormir…. Quoiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii, je sursaute de mon siège je lève

ma tête : waaaaaaaaaaaaaaaa on est seule avec le malade, mais merde alors, il n’y a personne

pour surveiller un patient en anesthésie générale? Comment peut-on opérer le cerveau d’une

personne seule? Qui va nous servir si on a besoin de matériel? Qui va surveiller les constantes

du malade ?  Et puis si on  a un problème qu’est ce qu’on fait ? Toutes ces questions

se bousculaient d’un coups dans mon petit cerveau. Je suis resté sidéré surtout lorsque mon

collègue m’informe que ça été toujours comme ça, c’est une sorte d’habitude, les contrarié

risquerai de les avoir sur le dos et nous bloqué pour toute chirurgie.

 

Mais merde, je lui réponds, si c’était son père ou son frère, il ne serait pas en train de dormir.

 Imaginez avec moi la scène quand j’avais besoin de quelques choses (files, matériels,

sérum…) avec ma tenue et gants stériles, je sortais de la salle opératoire jusqu’à leur chambre

en essayant de ne rien toucher,  je me faufilais dans un couloir sans lumière car Tbarkalah

Aalihom( que dieu les bénissent) ils s’assuraient de l’éteindre afin qu’elle ne les gêne pas.

  

     Le plus drôle dans l’histoire c’est qu’à chaque fois ils se réveillaient énervés en

balbutinant des phrases de mécontentement…je me dis que je suis sûrement dans un rêve et

que je vais bientôt me réveiller, c’est des hallucinations car cette inconscience ça ne peut être

que de la science-fiction, on ne peut pas être normale, responsable et se comporter de la sorte

même si c’était un ennemi qu’on opérait, le comble c’est qu’à un moment donné, ce personnel

ayant eu marre que je le réveille, fini par me sortir tout le matériel susceptible que je puisse

utiliser, me le déposer sur la table opératoire et me lancer en se retournant pour aller rejoindre

sa chambre : bon voilà, vous avez tout sur la table… et il repart avec une sympathique touche

finale de sa part qu’est d’éteindre la musique en signe de mécontentement,  tout pour dormir

quoi….

 

   Devant tant de bêtises humaines et d’insouciances, je ne trouvais rien à dire…, mais 

reprenant l’histoire depuis le début …. C’est encore plus drôle :

     

      J’entame ma première garde  dans ces urgences dans la capitale du plus beau pays au

monde …Alors que je terminais d’opérer vers  le coup de 23H conjointement avec une

collègue plasticienne le jeune Mustapha, moi lui remettant en place une partie de son scalp et

elle sa main presque arrachée, les deux par un coup de sabre lors d’une bagarre préalablement

bien arrosée, le pauvre Amine  jeune interne débordé et surexploité comme la plus part de ses

collègues, débarque essoufflé en salle d’op  pour m’annoncer qu’un homme de 62 ans en

coma profond vient d’arriver en salle de déchoquage. Je termine rapidement et j’accours avec

lui voir SSi Jamal, je l’examine et je constate qu’il est déjà en coma profond,

sa pupille droite est plus dilatée ce qui est un mauvais signe de souffrance cérébrale, je me

dis : merde  le type est en train de passer, il lui faut un scanner en urgence. On amène un

brancard et je sors chercher la famille, je cri son nom dans le hall, une jeune fille et un garçon

s’amènent, venez nous aider à le mettre sur le brancard,  je leur lance, on doit l’emmener faire

un scanner, pas de brancardiers disponibles manque d’effectifs comme si on manquait de bras

dans notre très cher pays, ce qui fait c’est les familles qui s’occupent du transport de leur

parents si jamais ils ont  la chance de trouver un brancard de libre car sinon c’est sur leur dos

ou à plusieurs qu’ils s’y prennent, c’est pathétique, al 7assol (bref) on l’emmène au scanner,

je les devance  pour avertir le radiologue, m’assurer que la salle est libre et la bloquer, pas de

temps à perdre, avant d’entrer en radio je tourne la tête et là le temps s’arrêta une fraction de

seconde pour contempler cette horrible scène où ce pauvre interne et les enfants du SSI Jamal

poussaient un brancard handicapé d’une roue faisant  un bruit monstre dans le couloir à

réveiller les morts, bon HADI HIYA LABLAD ( c’est comme ça chez nous) jme lance pour

continuer. Le radiologue me donne son accord mais le technicien refuse de le faire passer tant

qu’ils n’ont pas réglé les démarches administratives, burocratie partout même en lit de mort,

heureusement l’interne le connaissait et s’en ai porté garant, il était de bonne humeur et

accepta de jouer le jeu, on lui passe son scanner et la BOUUUMMMMM…énorme hématome

qui pousse fort le cerveau droit vers le cerveau  gauche avec plein de contusions cérébrales, je

réexamine le patient alors qu’il était toujours sur la table du scanner et là je constate qu’il est

dans un état de presque mort et je vois déjà le scénario qui s’annonce par la suite, c’est

presque trop tard dans son cas. Je sors de la radiologie et là je tombe sur ces pauvres enfants

qui accourent vers moi pour savoir ce qu’il en ai, je les prend à côté dans un coin du couloir

presque sombre avec une luminosité faible car pas de bureau ou de salle d’attente conforme

pour discuter  dignement, mais bon on fait avec ce qu’on a, je leur explique la gravité de la

situation.

 

Leur père est presque mort vu son état neurologique et son scanner. Ses chances de

survie son très minime, normalement il doit être opéré mais il y a de grande chance qu’il

ne survive pas à l’opération et que même s’il survie à la chirurgie, ses jours en réanimation

seront comptés et si ce un pour mille de chance de s’en sortir de la réanimation il y laissera

surement  des séquelles neurologiques graves le rendant handicapé majeur pour le restant de

sa vie. Voilà je me sens comme un ange de la mort dans ce genre de situation et  l’être humain

en moi assiste à chaque fois avec amertume à cette scène de pleurs des familles,

la fille s’effondre, crie de toute ses forces, pleure, s’arrache son foulard, le garçon visage

tremblant essayant de se retenir mais ses larmes finissent par couler, évitant mon regard

s’essuie sur sa manche. J’attends un instant et je relance la discussion car

j’ai besoin d’une décision de leur part et vite : est-ce qu’on s’acharne ou pas ? Le garçon se

ressaisit et me demande d’opérer son père pour que au moins ils puissent dire qu’ils ont tous

fait. Ni moi ni mon collègue réanimateur nous n’étions enthousiaste de l’opérer car on avait

l’habitude  de voir ce genre de cas mais bon on respecte le choix de la famille et on s’est

résigné à faire le maximum pour lui.

 

   J’annonce la chirurgie au bloc, on est lundi  et il est 1H du matin, comme d’habitude, le

personnel rouspètent mais ils abdiquent. Je disparais  pour chercher quelqu’un afin de  

déshabiller SSI Jamal et raser sa tête : je trouve NNADA…. Je demande alors le cœur serré à

ses enfants encore sous la choc de pousser avec moi le brancard jusqu’à un

coin du Hall  et je leur demande en plus de supporter tous ce que je

viens de leur annoncer, de déshabiller leur papa alors que moi j’étais aller chercher de quoi

raser sa tête, voilà notre manière de soutien psychologique dans le plus beau pays au monde.

Pas de tendeuse à cheveux, juste une lame à bistouri avec de la Bétadine mousseuse pour le

raser, je me penche sur lui et je me transforme en Fati la coiffeuse tout en essayant de ne

pas le blesser, au moins je sais quel métier je ferai si jamais ça ne marche pas en

neurochirurgie…je termine et on le pousse avec le réanimateur au  bloc opératoire pour le

laisser le temps qu’ils le préparent, je retourne voir la famille avec une ordonnance de

matériels nécessaires pour la chirurgie et là la scène de routine, ces enfants me regarde, l’air

surpris et ne comprenant pas quoi faire, un moment que je déteste et au cours duquel  je me

demande à chaque fois où est ce que cette pauvre famille va trouver un magasin de

paramédical à cet heure ci. Je  les voyais courir à droite et à gauche avec cette ordonnance 

jusqu’à ce que quelqu’un les chope pour leur filer le numéro d’un type qui se déplace le soir 

pour en vendre, une sorte de marché noir que tout le monde connait et personne n’en parle et

où chacun à sa part mais bon ça permet de sauver des vies comme pour ce monsieur même si

c’est louche voir illégale.

  

   Bref  on commence la chirurgie….Et là je reviens où je me suis arrêter… je découvre qu’on

est vraiment seule au bloc opératoire et que c’est  une  sorte de mauvaise habitude le soir chez

certains personnels, mais bon sang c’est un cerveau qu’on opère, j’essaie de justifier ça par

leurs minables fiches de payes ou leurs conditions de travail catastrophiques ou encore des

problèmes sociaux qu’ils vivent eux et leurs familles, leurs manques d’effectifs, le fait qu’ils

ont vécu dans ce gouffre portant le nom d’urgences plus d’une vingtaine d’années ou encore

l’ingratitude de l’état par rapport au travail qu’ils font, mais j’y arrive pas, tout ce que j’ai

trouvé c’est que ce qui a poussé à avoir un tel comportement ne peut être qu’indescriptible et

vraiment grave même si abandonner une chirurgie pour dormir est impardonnable.  

    On arrive au moment de la chirurgie où on doit ouvrir la boite crânienne  pour accéder au

cerveau et SURPRIIIIIIIIIIIIIIIIIISE: le matériel qu’on utilise est cassé, impossible de

l’utiliser mais putainnnnnnnnnnnnnnnnnnnnn pourquoi personne ne prévient, pourquoi le

mettre dans la boite de matériels s’il n’est pas utilisable, je sens une sueur froide longer mon

dos, on ne peut plus faire marche arrière, et on ne peut pas avancer, on réveille encore une fois

le personnel qui se contente de hocher la tête et répéter comme à ses habitudes un je ne sais

pas…là on devinait déjà la scénario avec mon collègue : une chirurgie qui devait durer trois

heures va maintenant durer six heures avec tous les risques que ça implique de saignement,

d’infection et de retard d’évacuation du sang qui comprime son cerveau …waaaaaaaaaa c’est

à ce moment là où on se dit mais pourquoi moi ? pourquoi ce genre de situation minable, à

défaut de ce matériel on a dû y aller comme des bouchers avec les mains et ronger millimètre

par millimètre l’os de ce patient, le ronger jusqu’à faire  une grande rondelle pour pouvoir

accéder au cerveau, on tombe enfin sur un hématome fait d’énormes caillots noirâtres

comprimant le cerveau droit qu’on finit par aspirer, enlever et coaguler la veine responsable

du saignement mais malheureusement le miracle qu’on attendait ne s’était pas produit.

le cerveau ne reprend pas sa forme normale, en plus il est ischémié blanchâtre et ne bat plus

au rythme du cœur. On s’attendait à ça avant la chirurgie mais on se disait qui sait ? les 

miracles on en a vu  et on espère toujours en voir, mais bon le destin et les conditions ont

voulu autrement, on referme la tête de SSI Jamal désespérés tristes et fatigués mais surtout

pensant à ce qu’on va annoncer à ses enfants qui eux aussi s’attendaient à un miracle qui s’est

pas produit…. En fermant je libère mon collègue pour qu’il puisse partir se reposer et je

continu a suturer son scalp, mon collègue  une fois libéré  de sa tenue stérile me lance : merde

il est 7H du matin, ça fait six heures qu’on opère, on se lance un regard de  désespoir comme

pour dire : oui six heures et après ce monsieur va surement décédé même après tous ce qu’on

a fait.

 

Un silence assourdissant envahi la salle, un silence qui me donnait l’envie de crier haut et fort,

je voulais trouver un responsable, est-ce l’alcool ? Alors pourquoi on ne sensibilise pas les

gens sur ses dangers comme ailleurs ?: AHHHHH peut-être parce qu’on est soit disant des

musulmans et pas censé en boire, bande d’hypocrite… est-ce l’hôpital ? est-ce toute une

succession de politiques sanitaires catastrophiques depuis une cinquantaine d’années. En tout

cas c’est frustrant, c’est blessant, mais je n’aurai jamais la prétention de ressentir ce que vont

ressentir ses enfants.

 

    Je sors du bloc opératoire et je tombe direct sur la famille complète, je leur explique la

situation en détail, à ma grande surprise la fille et le garçon  me répondirent qu’ils

s’attendaient à ça et comme tout bon musulman fataliste ils acceptaient ce que leur réservait le

destin, mais au fond de moi je voulais leur crier dessus et leur dire non il ne faut pas accepter.

  Des questions se bousculaient dans ma tête, pourquoi ce type pauvre à la base buvait autant

d’alcool jusqu’à en tomber par terre ? Pourquoi je dois travailler moi et mes collègues dans

des conditions de stress maximum et faire le travail du brancardier, du dealer, du coiffeur ? où

est ce qu’ils sont les responsables à cet heure-ci ? Où est ce qu’ils sont nos chefs qui voit ça

tous les jours et ne lèvent pas le petit doigt pour le changer, chacun sombre dans le    

politiquement correcte, s’inquiète pour son siège ou encore de ses patients en privé. Pourquoi

je dois filer une ordonnance au beau milieu de la nuit  et demander à un patient de m’acheter

un médicament ou du matériel médical, c’est inhumain voir inacceptable, et si moi je cri ma

frustration et mon désespoir, je sais qu’il y a des milliers de personnels médicaux et

paramédicaux qui veulent faire la même chose mais qui n’y arrivent pas à force d’être écrasé

par le système, un système bien rodé et où l’être humain n’a aucune valeur.

  

    Vers 10 h matin, un personnel vient me voir avec ce fameux papier rose, que j’appelle le

papier de la mort, j’ai commencé à détester cette couleur depuis le jour où j’ai connu ce

papier, c’était  le certificat de décès de ce pauvre monsieur, en le remplissant j’ai bloqué

devant la question cause du décès, c’est si simple à y répondre mais je me disais qu’elle raison

je vais mettre sincèrement, pourquoi ne pas écrire : alcool ou système ou encore hôpital voir

même gouvernement de l’année…mais bon le raisonnable en moi rempli cette case par  la

formule de routine : Arrêt Cardiorespiratoire suite à un traumatisme crânien violent.

   

   Ce matin je fini vite de revoir mes patients pour  rentrer chez moi avec une boule dans la

gorge, une boule que je vais finir par avaler comme une pilule amère mais bon, pour me

rassurer je me dis qu’au moins moi j’ai eu droit à une pilule et pas  à un suppo comme

beaucoup d’autres, suivez l’odeur…ça pue partout….

 

A suivre…

 

 

 

 

 

 

Par pilule rouge
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Samedi 3 décembre 2011 6 03 /12 /Déc /2011 03:26

Saison 1/épisode  8: oh yeh oh yeh urgence à vos urgences

Ce soir je fais court…

Oyeh  Oyeh Chers citoyens et citoyennes de la capitale du plus beau pays au monde, prière de  bien vouloir éviter les urgences de votre ville ces temps-ci.

Il est minuit et  je me suis réveillé d’un pseudo sommeil  cauchemardesque  pour partager rapidement avec vous ces quelques lignes avant que Morphée ne me prenne à ses côtés.

Demain c’est samedi et je suis de garde… je m’inquiète, je suis même effrayé à l’idée  et ce n’est pas dans mes habitudes.  Je m’inquiète, ouvrez bien vos oreilles ou plutôt vos yeux, car j’entame  une garde en sachant que les deux voir les trois  scanners  du principal hôpital publique de la capitale du plus beau pays au monde sont en panne pour  la troisième journée consécutive.

 

Malheureusement  cher amis et amies, en cas de lésions sérieuses du cerveau ou de la moelle  je suis condamné demain à vous prescrire un scanner et à vous regarder, frustré, sombrer  dans votre souffrance, voir dans le coma, voir même quitter ce beau monde sans pouvoir rien y changer, car vous ne le ferez pas et  je serai obligé de subir le supplice d’expliquer à vos parents, femmes ou enfants, pourquoi  on ne peut rien faire pour vous avec mes collègues.

J’espère  profondément  qu’avec un peu de chance ils vont se remettre à fonctionner demain et que la règle du weekend où tout est bloqué jusqu’à ce que  le fameux responsable qu’on ne connait jamais,  ne se décide  à venir que  le lundi matin pour inspecter le problème puisse tomber à l’eau , le cas échéant  serait une autre journée de catastrophe naturelle pour les misérables de ce pays.

 Alors en attendant pour retrouver mon sommeil  cette nuit mais surtout pour alléger ma conscience voici quelques conseils bien pratiques pour vous mes chers :

- En premier je vous  prierai de bien vouloir mettre votre ceinture de sécurité en voiture, votre casque en moto, de rouler doucement, de laisser sonner ce fameux portable alors que vous conduisez, rien n’est plus précieux que votre vie, y’en a marre de voir des Schumachers  jouer à la formule 1 en plein ville mettant fin à leurs vies ou à celles des autres tout bêtement.

-  Demain c’est le fameux samedi soir, alors  je vous prierai du tréfonds de mon être d’éviter  l’excès d’alcool et de drogues ( personne n’en parle tout le monde le sait, on en consomme de grandes quantités dans notre très cher royaume), y’en a marre de voir des samouraïs nationaux se taillader les entrailles  des uns et des autres par coups de haches et de sabres pour un soit disant regard de travers, ou  aller embrasser  par leurs voitures l’arbre d’à côté, ou encore rouler sur le fils du voisin qui jouait au ballon, voir même aller se défouler sur sa femme ou ses enfants…

- Eviter aussi l’excès de sel, l’excès de zèle et l’excès de sexe.  Un pique hypertensif pourrait être explosif pour votre cerveau et le faire saigner alors que la Peace and Love  attitude vous sauvera la vie.

 

Et si vous décidez malgré tout de ne pas respecter mes conseils alors :

- Assurez-vous d’avoir bien dans les poches (si elles n’ont pas été chatouiller par quelqu’un alors que vous étiez en coma) une somme minimale disant de 1500Dh question de payer  les frais de radio ou les pseudo soins qu’on vous donne car y’en marre de magouiller et de vous faire passer pour des patients hospitalisés afin de réaliser vos examens, on risque de se faire prendre un jour quand même… le mythe de la gratuite c’est dans les contes pour enfants dans notre pays apparemment.….

- prévoyez des couettes qui vous serviront non seulement  à dormir par terre car y a pas assez de banc pour tout le monde mais aussi qui servira à votre famille  pour vous transporter dedans car y a pas assez de brancard …

-Prière aussi de s’assurer d’avoir un peu de bakchichs dans les poches ça pourrait toujours servir avec certains … suivez mon triste regard…

-Ayez toujours une pièce d’identité dans vos poches car des fois à défaut de ne pas vous identifier vous risquerez de finir en pièce à disséquer dans nos cours d’anatomie ou pire encore dans les oubliettes de nos fameuses morgues…

-Prévoyez  avec vous du file à suture  adéquat, des antalgiques et certains matériaux de chirurgie car le nôtre est soit défectueux,  soit inapproprié, soit inexistant …

-Prière aussi de prier avant de venir( si vous  êtes croyant bien sûr) de ne pas tomber sur un personnel médical ou para médical surmené de l’excès de gardes qu’il fait, sous-payé, sans assurance maladie des fois, avec des problèmes sociaux sérieux  et délaissé par ses chefs le plus souvent , alors imaginez avec moi les soins ou le comportement que vous recevrez de lui, j’irai même à dire soyez clément envers lui car s’il est là debout ce n’est pas pour le misérable salaire qu’il reçoit en fin de mois mais c’est bien parce qu’avec toutes ses conditions il essaie  selon ses moyens de vous soigner du mieux qu’il peut.

-Et enfin je prierai pour mon âme perdue, délabrée  et frustré devant tant d’injustices sociales, je prierai pour mes collègues  souffrant comme moi mais en silence pour qu’ils n’aient plus à subir ses horribles images dans les hôpitaux du plus beau pays au monde sans pouvoir rien y faire.

Je prie aussi pour que ce pays que nous aimons tous puissent rencontrer le changement auquel tous ses citoyens aspirent et qu’ils expriment chacun à sa manière.

 

A bon entendeur…

A  suivre … 

Par pilule rouge
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Mercredi 19 octobre 2011 3 19 /10 /Oct /2011 00:19


Saison 1/épisode  7: les deux poids deux mesures à 10000M d’altitude

 

WARNING : +ce qui suit est réservé à un public majeur averti pouvant contenir des scènes et/ou des paroles choquantes et toute ressemblance avec des événements et/ ou des personnages de la vie réelle ne peut être que pur coïncidence émanant de la créativité de l’écrivain.

              +Âme sensible  et/ou perverse s’abstenir de lire le présent article

 

      Pour cet épisode j’ai une humeur plutôt euphorique voir extravertie, ainsi j’ai choisi de ne pas vous  raconter une histoire  mais plutôt  quatre histoires différentes  à travers le fâcheux vécu d’un schizophrène suicidaire errant dans l’un des hôpitaux publics du plus beau pays au monde.

      en fait, ça fait un moment que se croise dans ma tête des mots et des idées sur ce sujet qui pouvait faire un texte et l’envie de le mettre sur papier. Mais je tiens avant de commencer à narrer mes histoires à vous prévenir  que ce qui suivra  ne concerne que mon avis personnel dont je prends l’entière responsabilité et que loin de moi l’idée de sombrer dans la généralisation ou la stigmatisation mais plutôt dans un désir purement égoïste de dénoncer  avec la rage du nationaliste, la haine de l’extrémiste  et la souffrance de l’opprimé certains comportements méconnus le plus souvent de la population générale mais qui font honte  à la pratique de beaucoup de personnels médicaux et paramédicaux se battant chaque jour  la tête haute avec courage dans des conditions insoutenables pour défendre le dernier rempart d’une illusion appelé le système de santé.

 

       Pour cela je vais vous relater le vécu de quatre personnages dans un hôpital public :   Wald cha3B (alias le fils du peuple ou monsieur tout le monde), Le Pistonné ( alias FLANE WALD FLANE, KHOU FLANE ,KHOUTE FLANE, BATE FLANE …), L’HOMME BLOND (alias le touriste ou l’étranger) et ZMAGRI  ( alias l’émigré ou le citoyen résident à l’étranger)

 

 Le premier cas  de figure : Wald cha3b

 

         Wald cha3b quand il se présente à l’hôpital  commence tout d’abord par endurer des heures pas possibles d’attente en plus de l’humiliation des agents de sécurité, ensuite il devra non seulement payer sa consultation et ses  examens mais le plus souvent allonger du bakchich pour obtenir un droit. Wald cha3d va être soigné comme si c’était une corvée et non un devoir, il va être soigné par un jeune médecin mal ou non formé  car non supervisé par le professeur d’université qui préfère aller soigner des malades en privé dans ses horaires de travail en public. Il va subir l’entrainement des jeunes apprentis pour lui faire des piqûres ou des prélèvements sanguins avec tout ce qui en découle. Wald cha3B va devoir  se dévêtir devant un staff médical d’une dizaine voir une vingtaine de personnes sans aucun respect à sa pudeur. Personne ne souci de sa permission pour aborder son corps car ça va de soi que c’est une propriété public et non un être humain à part entière. Quand il s’agit de chirurgie  les soit disant professeurs voulant toujours terminer rapidement afin de rejoindre au plus vite le patient qui les attend en clinique, laisse faire le jeune qui débute, excité par l’idée d’apprendre à faire des sutures ou réaliser sa première opération et par conséquence  la plus part du temps des fautes médicales graves  qu’on finira rapidement par mettre  sur le dos de la malchance ou  le destin. Le fils du peuple  dont on ne connait pas encore  le père car il appartient à tout le monde « comme un bâtard » se fait crier dessus, voir bousculé et mal traité le plus souvent,  sans raison évidente si ce n’est son analphabétisme ou son ignorance voir les deux. Wald cha3b  achète le plus souvent son matériel médical en s’endettant ou en mendiant. Il obtient des rendez-vous de  consultation ou d’examens médicaux de 4 à six mois pour enfin venir voir  un jeune médecin  inexpérimenté et débordé remplaçant son chef occupé à  consulter des malades mais en privé. Des jeunes médecins laissés pour compte et comptant seulement sur leurs ainés d’un an ou de deux ans en spécialité pour leur apprendre leurs métiers, alors que ces derniers ont plus besoin qu’on les forme avant de leur livrer un diplôme bidon et les envoyer dans des petits patelins .Il vont aller soigner des gens qui ne se plaindront jamais de leurs incompétences,  car c’est la première fois qu’ils découvriront le dieu médecin envoyé par les messies de la capitale pour  soit disant les sauver mais plutôt dans un but purement statistique afin de redorer leurs images sur les scènes internationales . Le pire c’est que ces chefs ou ses jeunes médecins ont vite attrapés le syndrome de Stockholm,  tombant ainsi amoureux de leurs oppresseurs croyant volontairement ou pas que ce qu’ils font est la meilleure chose qui soi. Bref Wald cha3B quand il est victime d’une faute médicale, personne n’en parle, personne ne s’en soucie, aucune enquête, aucune remise en question car Wald cha3b  n’a personne pour le défendre .Wald cha3b n’a pas de voix pour s’exprimer, on le lui a enlevé par une politique d’éducation catastrophique. Wald cha3B à la fin de tout ça, ose sourire  et remercier même quand on le malmène dans l’hôpital public, il n’a que le choix de se taire et d’être gentil quoi qu’on lui fasse et quoi qu’on lui dise car il est condamné  à subir.

 

Deuxième cas de figure : Le Pistonné 

       Le Pistonné ne vient jamais seul, il est toujours accompagné, il y a toujours eu un coup de fil la veille pour annoncer son arrivée, il est toujours attendu par un médecin, un infirmier voir un administrateur pour lui faciliter l’accès à l’hôpital. Le Pistonné n’attend pas avec les autres patients, il ne fait pas la queue, le plus souvent ne paie pas sa consultation, il n’est pas examiné par un jeune médecin, mais plutôt par un professeur qui devient d’une gentillesse et d’une disponibilité stupéfiante en sa présence. Le Pistonné passe ses examens avant tout le monde .Pour Le Pistonné on prend sa permission avant de le toucher .Pour Le Pistonné, c’est le chef qui l’opère,  le jeune médecin le plus souvent n’a même pas le droit  d’assister à sa consultation. Pour un Pistonné on le prie de bien vouloir enlever ses vêtements et on frappe à sa porte de chambre s’il est hospitalisé.  Pour un Pistonné  on crispe le visage de douleur si on lui fait un prélèvement sanguin pour exprimer sa compassion.  Pour Le Pistonné le chef se déplace à l’hôpital à 4H du matin pour venir le voir alors qu’il n’est presque jamais là en cas d’urgence vitale la nuit. Pour un Pistonné on est prêt à lui filer notre numéro privé  au cas où il aurait besoin de quoi que ce soit à n’importe qu’elle heure, alors que Wald cha3b le fait qu’il demande à nous joindre directement est pris pour une insulte voir un non-respect et si par malchance  Le Pistonné n’est pas content de se faire soigner à côté des misérables de sa race, le professeur est toujours prêt à lui proposer ses services dans une clinique privée, ça s’appelle de la prostitution moderne. Le Pistonné ne sait pas que la pire chose qui peut lui arriver c’est de se retrouver dans une clinique privée car il est à la merci d’un seul médecin et condamné à avoir son  seul avis  alors qu’à l’hôpital public il a droit à l’avis de tout un staff médical  réunit ce qui réduit les marges d’erreurs. Le Pistonné hospitalisé  peut avoir la visite de sa famille tout au long de la journée et se commander même un menu spécial. Pour Le Pistonné, le matériel médical caché sort des tiroirs et il n’a pas besoin de l’acheter le plus souvent comme Wald cah3b. Satisfaire Le Pistonné est une obligation car c’est de la réputation du médecin et des responsables qu’il en découle. Satisfaire Le Pistonné est la garantie pour certain  de garder leurs postes et se faire réélire malheureusement. Sinon  ce qu’on choisit d’ignorer aussi c’est que ce même pistonné  n’est que la victime également d’un système qui ne lui a pas donné ses droits et qui l’a obligé à justifier sa fin par tous les moyens.

 

Troisième cas de figure : L’HOMME BLOND

          L’HOMME BLOND alias l’étranger ou le touriste. Son histoire à lui est particulière, car lui, s’il chute dans un hôpital public ce n’est que forcé, jamais par choix, mais pour lui tout le monde se bouscule, tout s’arrête, du grand responsable jusqu’à celui qui ramasse les ordures, sa présence  dans nos hôpitaux pourris est ressenti comme une crise diplomatique. Tout est mis en œuvre pour le satisfaire ,il est le premier admis , reçu et examiné , rapidement un agent lui est assigné pour l’accompagner depuis son entrée jusqu’à sa sortie ,des fois il ne paie même pas sa consultation ou ses examens , on prend le plus grand soin à lui offrir tous les antalgiques possibles pour qu’il ne souffre pas ,on dirait que le but des responsables  est qu’il garde surtout le bon souvenir de Marrakech , d’Agadir et  de Tanger… ,qu’il garde un bon souvenir de l’hôtel où il a séjourné , des terrains de golf où il a joué , du couscous qu’il a gouté ainsi que  de nos filles et enfants qu’il a dégusté. Il faut absolument que ce bref passage à l’hôpital  se transforme en un agréable séjour .Pour L’HOMME BLOND, on lui demande sa permission pour tout geste , les agents ne lui réclame même  pas de bakchich ni à lui ni au Pistonné ce n’est que Wald cha3b le misérable à qui on ose demander d’avancer de l’argent . Si jamais  L’HOMME BLOND ne veut pas gâcher sa journée par des scènes de misère dans nos hôpitaux, il se fera toujours voir proposer par un de nos vaillants  professeurs universitaires de se faire soigner dans une clinique privée, une belle aubaine pour ce dernier puisque les soins sont directement payés par l’assurance  du pays d’origine : une petite poule pondant des œufs en or. Satisfaire L’HOMME BLOND c’est soigner l’image de tout un pays. Satisfaire L’HOMME BLOND c’est protéger le tourisme. Satisfaire L’HOMME BLOND c’est un devoir national tant qu’il apporte la devise même si c’est au dépend d’une centaine de misérables  « con- citoyens ». Je ne blâmerai jamais ce pauvre  touriste mais plutôt  l’excès de zèle qui frôle le ridicule de certains et qui nuit à l’image de tout un pays

 

Le quatrième  cas de figure : Zmagri

 

        Le  pauvre Zmagri ( alias l’émigré ou le résident à l’étranger) fière et heureux de venir passer ses vacances chaque année dans le pays de ses ancêtres , se voit des fois gâcher son séjour et parachuter dans nos hôpitaux publiques , le pauvre croyant qu’il a tous les droits qu’ils lui sont octroyés à l’étranger oubli qu’il a la même tête que ses frères et sœurs  Wlad cha3b ce qui fait à première vue on le prend pour  l’un d’eux et on lui fait subir le même comportement cité précédemment  jusqu’au moment où il ne supporte plus et fini par brandir son passeport bleu rouge violet comme un arbitre dans un match de foot… manifestant ainsi son mécontentement . on assiste alors à une scène où d’une part on a des responsables incroyablement hypocrites changeant de veste en une fraction de seconde  et d’autre part ce pauvre ZMAGRI obligé de faire appel à une autre nationalité pour s’octroyer un droit dans son pays d’origine. C’est totalement ridicule, on dirait que pour avoir le minimum de respect dans le plus beau pays au monde on devrait avoir une autre  pièce d’identité  voir même appartenir à une autre race, c’est bizarre qu’on ne l’est pas compris plutôt. C’est dommage qu’on lui fasse ressentir à ce marocain de souche qu’il est différent de ces « con-citoyens », on oubli très souvent que c’est un de nos ambassadeurs à l’étranger et c’est encore triste si nos ambassadeurs commencent à se sentir étranger dans leurs propre pays où ils sont témoin de tant d’injustices.

 

            Et pour que mon suicide sociale soit parfait et puisse aboutir à sa fin, je n’oublierai pas au passage de m’immoler avec  toutes les atrocités  qui se trament dans les cliniques  privées. Le but principal n’est plus la santé des malades mais plutôt combien ils peuvent leurs soutirer d’argent (sauf exception bien sûr). Des cliniques où les patients sont la victime de l’avis d’un seul médecin qui a la parole divine, leur faisant passer des examens inutiles le plus souvent, les hospitalisant sans raison ou plus ce qu’il en faut ou encore préférant des césariennes à des accouchements naturels juste pour remplir les caisses de la clinique ou en arnaquant les pauvres étrangers de l’Afrique subsaharienne qui viennent de loin se faire soigner chez nous au frais de leurs pays d’origine qui ne vont jamais rouspétés ou les poursuivre en justice car soit ils meurent chez nous soit ils retournent d’où ils viennent. Des cliniques privés qui échappent à toute médiocre tentative de contrôle  de la part de l’état, mais bon qui ferait attention à ce que  pourrait dire un schizophrène suicidaire au bout du rouleau…

 

        Sinon pour finir dans un élan de mégalomanie, J’aimerai bien jouer à Martin Luther King et vous faire rêver moi aussi, vous faire rêver d’un système de soins qui puisse garantir la dignité et l’équité à tous mes patients sans différence. Je ne veux plus d’un système  de santé où des professeurs  ( sauf exception) délaissent leurs élèves jeunes médecins en transformant  leurs postes en public en lieu de recrutement pour le privé. Je ne veux plus d’un système où on voit certains médecins se tués à la tâche pour être professeur d’université non pour jouer un rôle scientifique ou pédagogique comme il leur est demandé mais plutôt dans un besoin minable d’augmenter leurs salaires ,de rester dans les grandes villes mais surtout de pouvoir travailler en privé, tout ceci au dépend de la vie et la santé de personnes innocentes qui n’ont comme seul tort que d’être nait au mauvais moment et au mauvais endroit.

 

         Je rêve aussi d’un système de santé qui protégerait ces jeunes médecins en herbe de l’harcèlement moral voir sexuel de la part de certains  chefs sans oublier le plus souvent des maladies ou des accidents dont ils sont victimes au sein de l’hôpital alors qu’ils n’ont  aucune assurance maladie pour se faire soigner, se retrouvant à  attendre que leurs collègues  fassent des collectes d’argent pour eux :  c’est pathétique, je comprends maintenant le silence du citoyen lambda  devant tant d’injustices… qu’est-ce que ce dernier  pourrait bien faire si  son propre médecin  traitant à l’hôpital ne peut bénéficier  lui aussi d’un accès aux soins en toute dignité.

 

        Enfin de compte je souhaite juste dédier ce texte à ces merveilleuses  personnes honnêtes qui bataillent chaque jour dans des conditions de travail extrêmement difficiles dans nos hôpitaux  et à qui  j’exprime mon sincère respect pour leurs intégrités et leurs forces de principes alors qu’ils pouvaient très bien se fondre dans un système pourri  jusqu’à l’os : ce texte est une projection à vous les braves, pour vous montrer ceux  à quoi vous  ne ressembleraient jamais.

 

        Je sais que via cet article je continu à creuser ma propre tombe par une langue bien pendue, longtemps  coincée au travers  de ma gorge jusqu’à l’étouffement voir la suffocation et que j’ai fini par libérer, en espérant un jour pouvoir m’exprimer sans bégayer mes convictions et ma pensée dans un système du caresse moi au sens du poil si tu veux garder ton pantalon. Mais si j’ose le faire c’est pour la simple raison que j’aime comme vous tous, ce pays à la folie et que pour son bien je pense qu’il faut arrêter de jouer à l’autruche et accepter un débat de pensée libre et ouvert, en acceptant sans condition la critique constructive…

 

A bon entendeur je vous dis à suivre ….

Par pilule rouge
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Dimanche 4 septembre 2011 7 04 /09 /Sep /2011 03:48

Saison 1/épisode 6 : MI FATNA histoire d’une Femme pas comme les autres

 

WARNING : +ce qui suit est réservé à un public majeur averti pouvant contenir des scènes et/ou des paroles choquantes et toute ressemblance avec des événements ou des personnages de la vie réelle ne peut être que pur coïncidence émanant de la créativité de l’écrivain.

                     +Âme sensible s’abstenir de lire l’article qui suit.

 

    J’ai fait la connaissance de MI FATNA un mercredi matin dans l’une de ces lugubres salles que comptent l’hôpital où je travaille, une sorte de dortoir où sont entassé les malades comme des sardines. Elle a été admise la nuit précédente par le médecin de garde suite à une crise convulsive du à un saignement  dans son cerveau et qui nécessitait  une surveillance de quelques jours le temps qu’il se résorbe. On l’avait mise dans l’un des lits de la salle dont je m’occupe ; la première impression qui m’a traversé l’esprit en la saluant ce matin s’était : Mi Fatna  ressemble à ce genre de Mami avec une tendresse mélangée à de la gentillesse et de la générosité  portant sur elle un sourire permanent se dessinant majestueusement  sur  son visage.

 

    Je m’introduis à elle ce beau matin et je luis explique ensuite comme le veut la procédure le pourquoi de son hospitalisation chez nous et ce qu’on va lui faire, la pauvre comme la plus part de mes patients analphabètes fatalistes  touchés par  l’ignorance me lance avec un ton innocent : DIRE LI BGHITI ASSI TBIB (faites ce que vous voulez docteur) rien avoir avec les réponses des rares  patients instruits souvent hospitalisés par la force du destin et non par choix et  qui vous lancent une dizaine de questions la minute car ils sont totalement conscient que c’est de leurs corps qu’il s’agit et non du votre :merci à notre système éducatif.

 

    J’avance une chaise, je m’assoie à son chevet et j’entame une discussion avec elle pour mieux la connaitre tout en prenant des notes sur son dossier, étape primordial  afin de bien cerner son vécu  et décider par la suite de l’attitude thérapeutique convenable dans son cas. Les 45 minutes de discussion qu’on a eu ont été drôlement marquées par des pauses où je m’acharnais à chasser au-dessus de sa tête ou autour d’elle les quelques mouches ou cafards qui vivent en toute symbiose dans nos salles d’hospitalisation devenu elles aussi résistantes à toutes formes d’insecticides : voilà à quoi je suis réduit quand je ne fais pas de la neurochirurgie…

 

    Bref, MI FATNA  est une bonne femme de 75 ans résidente du centre social pour personnes âgés de TIIIIIIIIIIIIIIII... Elle n’a pas eu d’enfants, son  mari ancien gardien de voiture est décédé il y a 15ans d’une crise cardiaque, ils vivaient tous les deux  paisiblement dans l’une des favelas qui entourent par leurs misères notre très chère capitale. Arrivés il y a 30 ans d’un village perdu dans les montagnes du TIIIIIIII…en espérant  comme beaucoup d’autres trouver l’Eldorado. D’après elle, s’était un joli mariage d’amour, certes tous les deux pauvres, analphabètes, sans enfants mais au moins  comme elle le dit si bien ils étaient ensemble.

 

    Après la mort de son mari, le cauchemar de Mi fatna commença, elle se retrouva  seule faisant face à la pauvreté, à cette horrible assiette vide et  au regard méprisant des gens. Elle travaillait comme femme de ménage et switchait de famille en famille  pour gagner une misère.  Jusqu’au jour où son corps et ses yeux ne suivaient plus à cause d’un foutu diabète et de problème de tension : pauvreté et maladie équation dans notre très cher pays synonyme d’une  vie puis d’une  mort indigne. Elle ne pouvait plus travailler et comptait seulement sur la générosité de certains voisins ou MO7SSININE (donateurs) pour  subvenir à ses besoins mais surtout acheter ses médicaments,  sauf que malheureusement la générosité à des limites comme tendent à prétendre certains limité d’esprit , très vite la bonne femme s’est retrouvé dans la rue avec comme seule compagnon de route : un diabète , une hypertension artérielle et de l’arthrose lui rongeant à petit feu ses membres, marchant dos courbé , dormant dans la rue , se déplaçant de mosquée en mosquée et de resto en resto pour mendier, non plus pour acheter ses médoc et se soigner mais plutôt dans un instinct naturel de survie.

 

     Elle a passé 5 ans dans cette misérable situation , cinq ans de souffrance aux yeux et aux su de tout le monde , cinq dans les rues du plus beau pays au monde dans une lutte acharnée de survie, une femme  d’à peu près 70 piges obligée de tendre sa main pour se nourrir. Jusqu’au jour où  le destin s’attendrit et dressa devant elle une âme charitable qui  lui proposa de l’aider et de l’emmener à un centre social pour personnes âgées, l’un des quelques centres que comptent notre pays comparé au nombre croissant de sujets âgés laisser pour compte, un de ces centres sociaux surpeuplés avec des conditions d’hygiène et de prise en charge le plus souvent indécentes, connaissant une lutte charnière et quotidienne de leurs gestionnaires  pour les maintenir ouvert comptant très souvent sur les quelques généreux donateurs où associations sensibles à leurs situations ainsi que les maigres subventions annuelles de l’état dont j’aurai honte de citer les chiffres tellement ils reflètent une insouciance totale vis-à-vis de cette entité de marocains.

Elle a vécu à peu près 5 ans dans ce centre avec au moins un minimum de dignité humaine, en reprenant ses mots  « j’étais très contente le matin à mon réveil de trouver quatre murs autour de moi » : chacun sa définition du bonheur comme on dit...en ayant jamais imaginé que ça pouvait se réduire à ça... Ses maladies malheureusement n’étaient pas traitées comme ils se devaient de l’être :il faut savoir que les centres sociaux chez nous ne peuvent pas assurer une prise en charge médicale quotidienne à cause de leur budget limité, ce qui fait beaucoup de leurs résidents souffrent de maladies chroniques non ou mal traitées comme le cas de Mi Fatna  victime d’une crise convulsive la nuit du mardi au mercredi et qui s’est retrouvé par la suite hospitalisée pour un problème qui va l’emporter dans des conditions désastreuses et qui pouvait bien être éviter si on avait  pris soin de son diabète et de sa tension artérielle : à qui la faute ???.

 

      Bref, le médecin en moi  n’a pu s’empêcher de mettre fin à la discussion avec elle d’une part pour aller m’occuper de d’autres malades en attente mais surtout dans une réaction de fuite psychologique schizophrène que beaucoup de médecins et paramédicaux ont appris à avoir afin de ne pas s’impliquer émotionnellement et rester ainsi lucide pour faire face aux souffrances des autres. Je termine rapidement de lui remplir son dossier et je lui prescris ses médicaments sur une ordonnance que je lui tends avant de partir, la pauvre dame ne la prend pas et me regarde de manière étonné comme pour me dire : comment oses tu me demander d’acheter des médicaments après tout ce que je viens de te raconter sur ma vie ? akkhhh… j’oubli toujours de préciser que l’hôpital n’offre presque pas de médicament gratuit et que c’est les patients qui doivent acheter leurs médocs, sauf que la plus part ne les achètent qu’au qu’au bout de deux ou trois jours en moyenne ce qui fait que : soit ils ne prennent pas leurs traitements tout cours et donc répercussion sur leur santé et c’est ce qui se passe la plus part du temps , soit on assiste à de la mendicité des pauvres infirmières ou des malades à d’autres malades pour soulager les cas urgents.

 

    Je continu alors dans ma réaction de fuite psychologique tout en essayant d’éviter son regard et je dépose  l’ordonnance à son chevet après qu'on m'est promi d'en parler à l'assistante sociale et tout en leur signalant à elle, à la seule infirmière pour les 25 malades du service et à ses voisins de salle l’importance d’acheter et de prendre son traitement…je repars de cette salle insatisfait comme souvent le cas après ce genre de situation avec un sentiment d’incapacité et de rage à l’encontre de ces responsables qui m’obligent moi et mes collègues à subir ce système sans pouvoir y changer grand-chose.

 

Heureusement qu’il y a encore des marocains qui se serrent les coudes  en situations de crises, beaucoup de ses voisins de salle voyant son état mais surtout sa solitude  partageaient avec elle leurs traitements, certes ça fait chaud au cœur mais bon est-ce une solution acceptable ?

 

      Pour Mi Fatna elle prenait tous ses médicaments sauf un ,il lui manquait  le médicament le plus important dans sa situation à savoir celui qui ajuste sa tension , l’empêchant d’atteindre des chiffres élevés et d’entrainer par la suite un nouveau saignement dans le cerveau, et comme le sort ou la malchance ou ce qu’on peut appeler le drame finit toujours par arriver quand on le redoute le plus , la bonne vieille dame après trois jours de son hospitalisation  a fini par faire un pic tensionnel et ressaigner dans son cerveau sauf que cette fois ci s’était catastrophique , elle est entré en coma , admise  immédiatement en réanimation, la chirurgie ne pouvait rien pour elle ,elle lui aurait été fatale  vu son âge, son état clinique et toutes les maladies associées qu’elle avait notamment son diabète et sa tension artérielle. Elle n’a pu séjourner que deux jours dans cette satanée réanimation avant de quitter notre monde. une réanimation malheureusement que  même les gens qui y travaillent déplorent chaque jour son état, une hygiène catastrophique avec des poubelles mises aux chevets des malades , un manque de personnels infirmiers,  aides-soignants et kinésithérapeutes qui fait que les malades atteignent un degré de saleté avec des odeurs qui personnellement moi le médecin habitué à y être me rendent nauséeux à chaque fois que j’y met les pieds , ne parlant pas des  pauvres malades qui au bout de 48h commencent à faire des escarres car on ne leur fait pas changé de positions, ou du personnel obligé de faire appel  aux familles des malades pour pouvoir  nourrir , bouger , nettoyer ou encore donner les médicaments aux patients, je ne parle pas aussi de la seule  infirmière ou  infirmier avec un médecin la nuit  pour dix malades en coma, à qui la faute quand un respirateur artificielle se bouche suivez mon regard pour deviner la conséquence… ? Je ne parle pas des multiples infections qui frappent tout malade de passage en réanimation sauf exception, je ne parle pas  des fuites d’oxygène dû à un matériel défectueux qui je me rappelle un jour ont couté à un comateux une brulure de troisième degré passé aux oubliettes bien sûr, bref  je ne veux pas en dire plus pour ne pas vous effrayer mais ça se passe dans la capitale du plus beau pays au monde.

 

   Après sa mort j’ai aidé  à la débrancher ce jour-là de toutes ses sondes et voies veineuses ,elle avait une peau froide blanche comme la neige, je lui ai refermé ses yeux grands ouverts avec ses pupilles complètement dilatées et j’aperçois sur son visage ce sourire qui ne l’a pas quitté même après sa mort, je me demandais à quoi bon elle pouvait sourire , elle qui n’a vu que souffrance et désespoir dans sa vie ?peut être qu’elle souriait en sachant qu’il y avait un monde meilleure que le nôtre qui l’attendait ou juste pour nous dire que tout ce qu’elle a vécu n’a pas eu gain de cause d’elle…qui sait …. ?

 

   Elle a vécu 5 ans toute seule sans son mari, puis 5 ans dans la rue, ensuite 5 autres années dans un centre social. Une vie marquée par une solitude extrême pour enfin de compte s’éteindre dans un lit d’hôpital dans des conditions désastreuses. Une vie triste, un sort triste dans un pays triste, à qui la faute ? la faute c’est  à nous  qui côtoyons chaque jour ce genre de personnes sans s’en rendre compte et c’est à une société pour qui la valeur des êtres humain n’a aucune valeur , je cri ma rage et mon désarroi face à l’histoire de cette femme car je vois en elle nos parents  de peur de les quitter sans être là à leurs derniers moments , mais l’égoïste en moi va encore plus loin et s’imagine lui-même seule dans un lit d’hôpital sans personne  se souciant de  lui , s’éteindre ne laissant derrière lui qu’un nom dans un registre, le registre des morts et qu’on va oublier à la minute qui suivra sa mort , à la minute où on signera son certificat de décès et qu’on le donnera à sa famille ou on le mettra dans une chambre froide.

 

    Honte à moi de faire partie de cette race humaine si c’est au prix de l’égoïsme et de l’indifférence sociale…Honte à cette société de je m’enfoutiste capable de fermer les yeux sur de telles atrocités tant que le paraitre et l’intérêt personnel sont satisfaits.

 

   Je te dédie Mi Fatna cet article en te disant : PARDON , pardon de ne pas avoir été assez humain pour ressentir ta souffrance et pardon d’avoir pris du temps pour rapporter ton histoire….mais aussi je te dis : Merci , merci de m’avoir redonner l’envie d’écrire en espérant qu’à travers ton histoire ou celles des autres que j’ai cité ou que je citerai prochainement ,j’arriverai à toucher au moins une personne qui me permettra d’apercevoir  à travers elle une infime  lueur d’espoir, une lueur de changement pour une meilleure société car chacun de nous mérite qu’on se souci de sa personne, chacun de nous a de la valeur et mérite qu’on se batte pour lui …

 

   Là où tu es… : REPOSE EN PAIX        

 

A suivre…

 

PS : Merde à toi pour être poli (tu te reconnaitra…) :je ne suis pas corruptible et rien ne m’obligera à me taire pour satisfaire ton politiquement correcte, je n’ai qu’une seule vie et je compte la vivre avec dignité et conscience : la voilà ta réponse…

 

 

Par pilule rouge
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